Pékin et le Nord
De la Cité Interdite aux remparts Ming de Pingyao, en passant par la Grande Muraille à Jinshanling : la trame impériale de la Chine continentale en 4 à 7 jours.
Pékin et le Nord couvrent une bande qui va de la plaine du Hebei aux contreforts du plateau de Loess, dans le Shanxi. C'est une Chine continentale, sèche, marquée par des hivers rigoureux et des étés lourds. Les paysages alternent entre cuvettes agricoles plantées de maïs et de sorgho, collines pelées où serpente la Grande Muraille, et villes anciennes structurées par des remparts Ming encore debout. Notre équipe basée dans la capitale travaille ce territoire depuis plus de quinze ans et le considère comme la porte d'entrée la plus cohérente pour comprendre la trame historique du pays.
Pékin elle-même ne se résume pas à la Cité Interdite. Au nord du lac Houhai, les hutongs des quartiers de Gulou et Nanluoguxiang gardent une trame de ruelles en damier où l'on circule en triporteur entre cours carrées (siheyuan), échoppes de nouilles tranchées au couteau et théâtres d'opéra. Le Temple du Ciel, au sud, sert encore tôt le matin de lieu de rassemblement pour les retraités qui pratiquent le tai-chi, le diabolo ou la calligraphie à l'eau sur les dalles. À l'ouest, les Collines Parfumées et le Palais d'Été offrent une respiration paysagère que beaucoup de voyageurs sous-estiment, surtout en octobre quand les érables rougissent.
La Grande Muraille se joue à environ deux heures de route du centre. Nous évitons systématiquement Badaling, saturée de cars, au profit des sections de Jinshanling, Simatai ou Gubeikou. Jinshanling à Simatai se parcourt en une journée de marche de 10 à 12 km, sur des tours de guet partiellement restaurées qui suivent une ligne de crête à 700 mètres d'altitude. Gubeikou, plus sauvage, se fait avec un guide local car certains passages sont éboulés. C'est sur ces tronçons, en milieu de semaine, que la Muraille reprend son sens militaire : une frontière contre les steppes du nord.
Plus à l'ouest, le Shanxi prolonge la région avec un caractère très différent. Pingyao, ancienne capitale bancaire des Qing, conserve dans ses 6 kilomètres de remparts un tissu urbain d'environ 4 000 maisons en cour, dont une partie transformée en maisons d'hôtes à kang (lits chauffés). Datong, plus au nord, donne accès aux grottes bouddhiques de Yungang, creusées au Ve siècle, et au monastère suspendu de Hengshan, accroché à une falaise verticale. Entre les deux, les villages perchés sur le plateau de loess, autour de Lijiashan, montrent des habitats troglodytes encore habités, avec leurs façades en briques crues et leurs fenêtres en papier huilé.
Côté table, le Nord se mange en blé plus qu'en riz. La cuisine pékinoise va bien au-delà du canard laqué : on goûte les jianbing (crêpes salées du matin) achetées au coin de la rue, les zhajiangmian (nouilles à la pâte de soja fermentée), les jiaozi à la vapeur, ou le hotpot mongol au mouton, qui se partage en hiver autour d'une marmite en cuivre. Au Shanxi, le vinaigre noir vieilli accompagne presque tous les plats de nouilles, et les youmian (nouilles d'avoine) cuites à la vapeur en petits rouleaux composent un repas frugal mais caractéristique du plateau.
Ce qui justifie un détour ici, ce n'est pas seulement la densité de patrimoine inscrit à l'UNESCO, mais la juxtaposition rapide d'échelles : la mégapole de 21 millions d'habitants, la ligne défensive impériale, et les villages de loess où l'on creuse encore son logement dans la falaise. En quatre à cinq jours bien organisés, on traverse cinq siècles d'histoire et trois géographies distinctes.
À découvrir
Marche de Jinshanling à Simatai. Six heures de marche sur une crête de la Grande Muraille, entre tours de guet Ming partiellement restaurées et tronçons bruts. Départ tôt depuis Pékin pour éviter la chaleur d'été et croiser peu de monde.
Hutongs de Gulou au lever du jour. Avant 8h, les ruelles autour de la Tour du Tambour s'animent de retraités qui sortent leurs oiseaux en cage et de vendeurs de baozi à la vapeur. On y comprend la trame de la Pékin pré-1949, encore debout par endroits.
Pingyao intra-muros à pied. Une journée et une nuit dans la ville fortifiée, en logeant dans une cour Qing transformée en maison d'hôtes. Visite des anciennes banques Rishengchang, qui ont inventé le mandat à distance au XIXe siècle.
Grottes de Yungang à Datong. 51 000 statues bouddhiques taillées dans le grès au Ve siècle, sur un front de falaise d'un kilomètre. Les colosses de la grotte 20, à ciel ouvert, marquent l'arrivée du bouddhisme Mahayana en Chine.
Villages troglodytes du plateau de loess. Autour de Lijiashan, des habitats creusés dans la terre jaune compactée, encore occupés par quelques familles d'agriculteurs. Le contraste avec Pékin, à 600 km, est saisissant.
Quand y aller
La meilleure fenêtre pour la région va de mi-septembre à début novembre : ciel sec, températures de 12 à 22°C à Pékin, lumière rasante sur la Muraille, érables rouges aux Collines Parfumées. Avril et mai forment une seconde fenêtre correcte, avec floraison des pivoines et températures de 15 à 25°C, mais quelques tempêtes de sable venues du Gobi peuvent encore toucher la capitale fin mars.
Nous déconseillons juillet et août sauf contrainte de calendrier : températures de 32 à 36°C, humidité forte, orages fréquents en fin d'après-midi, et affluence chinoise massive sur les sites. L'hiver, de décembre à février, descend à -10°C en janvier à Pékin et davantage sur le plateau de loess ; il offre une Muraille déserte sous la neige, mais demande un équipement adapté et limite la marche prolongée. Le Shanxi, plus élevé et plus continental, accentue ces écarts d'environ 3 à 5°C par rapport à Pékin.
Conseils pratiques
Nous recommandons quatre à cinq jours pour Pékin et ses environs immédiats (Muraille incluse), et deux à trois jours supplémentaires si vous prolongez par Pingyao et Datong, accessibles en train à grande vitesse depuis la capitale en 4 à 5 heures. Le point d'entrée logistique est l'aéroport international de Pékin-Daxing ou Pékin-Capital, tous deux bien reliés au centre. La région se combine naturellement avec Xi'an et la route de la soie en continuant vers l'ouest en TGV (4h30 Pékin-Xi'an), ou avec Shanghai et le Bas-Yangtsé par le train rapide (4h30) pour une boucle Nord-Est cohérente.
Le niveau de confort va du 3 étoiles confortable au boutique-hôtel haut de gamme dans les hutongs, sans difficulté. C'est une région qui convient à un premier voyage en Chine, aux familles avec enfants (les distances restent raisonnables et les sites lisibles), et aux voyageurs intéressés par l'histoire impériale et l'architecture. Les marcheurs trouveront leur compte sur la Muraille, mais ce n'est pas une destination de randonnée longue. Prévoyez une application de traduction et le paiement mobile (Alipay ou WeChat Pay configurés avant le départ), désormais incontournables même dans les petits commerces.

















