Bodhidharma, l'homme à l'origine du mythe Shaolin, le pionnier du Bouddhisme chinois

Bodhidharma, l'homme à l'origine du mythe Shaolin, le pionnier du Bouddhisme chinois

11 juin 2019

Personnage légendaire, Bodhidharma est considéré par les traditions les plus communément acceptées comme le propagateur du Bouddhisme Chan (Zen) en Chine. Même les arts martiaux du Temple de Shaolin serait son héritage.

Vocabulaire

  • chán zōng 禅宗 : Bouddhisme Chan (Zen en japonais), la doctrine de la méditation (ou contemplation)
  • chán 禅 : méditation, contemplation
  • zōng 宗 : ordre, objectif, but, clan, doctrine

A noter :

  • Bodhidharma est un personnage entouré de mystère, il est donc difficile de présenter une biographie vraiment sure de sa vie. Il venait probablement du sud de l'Inde, et aurait été d'ascendance princière.
  • Le nom chinois de Bodhidharma est Damo (Dámó 達摩). Son nom complet est traduit par Pútídámó 菩提達摩. Son nom en tibétain est Dharmottara. En sanskrit, Bodhidharma signifie «enseignement de sagesse» .
  • On attribue à Bodhidharma la diffusion de Bouddhisme Chan, un courant du mahāyāna en Chine. Ce courant s'est fortement développé en Extrême Orient, et prend le nom de Bouddhisme Zen au Japon.
  • La légende veut que Bodhidharma soit l'homme ayant importé le kungfu au monastère de Shaolin. Néanmoins, aucune preuve historique ne vient confirmer cette hypothèse.

Bodhidharma selon la légende

    Bodhidharma, l'homme à l'origine du mythe Shaolin, le pionnier du Bouddhisme chinois   

Si Bodhidharma, ou Damo en chinois, est mondialement connu, l'homme qui se cache derrière ce nom reste mystérieux à bien des égards. La version la plus communément acceptée des histoires et légendes sur son compte le présente comme un moine bouddhiste originaire d'Inde, ayant fondé en Chine l'école du Bouddhisme Chan (appelée Zen au Japon).

Cet enseignement contemplatif (dhyāna) fait partie du mahāyāna, ou Grand Véhicule, lequel considère que chaque être vivant renferme le potentiel d'un bouddha. Bodhidharma serait le 28e patriarche du courant Chan, et bien entendu le premier sur le sol chinois, puisque c'est lui qui y a importé cette philosophie.

La célébrité de Bodhidharma ne s'arrête pas à la diffusion du Bouddhisme Chan en Chine : son nom est également associé au mythique monastère de Shaolin. C'est en effet lui qui aurait transmis aux moines du temple des techniques de méditation, des exercices physiques (principalement respiratoires) ainsi que des systèmes de combat (72 au total).

De là serait né le légendaire kungfu de Shaolin (Shaolin Quan), de nouveaux styles se développant autour de la base offerte par Damo. Si le monastère jouit d'une réputation mondiale de nos jours, la ressemblance entre ce qu'était la Boxe de Shaolin originelle, et celle qui en porte le nom aujourd'hui est sûrement très faible. En effet, le temple a été détruit puis reconstruit multiples fois, et c'est surtout l'intérêt venu de l'étranger qui a permis sa réouverture en 1981.

Quelle biographie pour Bodhidharma ?

Prétendre décrire avec détails et exactitudes la vie de Bodhidharma relève de l'utopie, tant les traces historiques qu'il a laissées sont faibles. Les sources d'informations les plus fournies à son propos lui sont postérieures, ce qui relative considérablement leur fiabilité.

Le plus ancien témoignage sur Damo est attribué à Tanlin (曇林; 506–574), considéré comme un élève de Huike, le principal disciple de Bodhidharma. Son texte est une préface du livre Er’ru sixing (二入四行論), appelé en français «Deux Entrées et quatre pratiques».

Il y est indiqué que le 28e patriarche du Bouddhisme Chan vient d'une famille princière du sud-ouest de l'Inde, et qu'il est venu apporter le dharma, l'enseignement de Bouddha, en Chine. Daoyu et Huike sont présentés comme deux de ses disciples.

Selon le Xù gāosēng zhuàn (續高僧傳), «Nouveau recueil des biographies de moines éminents» de Daoxuan (道宣), Bodhidharma appartiendrait à la caste des brahmanes. Il serait arrivé au sud de la Chine sous le règne des Liu-Song (ou Song du sud, 420-479) avant de se rendre dans le royaume des Wei du nord. Cette source situe la mort du pionnier du bouddhisme chinois à 529 après JC.

Le Zǔtángjí (祖堂集), «Anthologie de la salle du patriarche», présente Bodhidharma comme un disciple du 27e patriarche du Bouddhisme Chan, Prajñātara, un moine indien qui vécut au sud de l'Inde. L'arrivée de Damo en Chine est tardive selon cette source, qui parle de l'année 527 et de la dynastie Liang (502-557), troisième dynastie du sud de la Chine.

Cette hypothèse rend possible en tant que fait historique réel la rencontre entre Bodhidharma et l'Empereur Wudi, premier souverain de la dynastie Liang du sud. L'entrevue est évoquée par de nombreuses sources, dont notamment un texte de Shenhui, le 7e patriarche légitime du Bouddhisme Chan.

L'entrevue entre Bodhidharma et l'Empereur Wudi :

L'empereur demanda à Bodhidharma combien de mérites il avait obtenus en faisant construire des monastères, en offrant des dons à la communauté bouddhique, ou encore en copiant et récitant les sutras. «Aucun mérite» lui répondit le sage. «Quels sont les vrais mérites ?» lui demanda alors le souverain.

«La sagesse pure est merveilleuse et parfaite, son essence est vide et paisible. De tels mérites, on ne peut pas les acquérir par des méthodes mondaines» rétorqua Bodhidharma. «Quel est le sens suprême de la noble vérité ?» questionna encore Wudi. «La vaste vacuité sans noblesse» reçut-il pour réponse. Wudi : «Qui es-tu ?», Bodhidharma : «Je ne sais pas».

Le souverain ne sut pas comprendre le sens des paroles de son interlocuteur, bien loin de sa conception initiale du bouddhisme.

C'est seulement après cette rencontre que Bodhidharma se serait rendu dans le temple de Shaolin du Mont Song, au Henan. La légende veut qu'il ait alors passé 9 ans assis à méditer devant un mur : la posture de méditation appelé zazen (ou zuochan) serait née à cette époque, tout comme le surnom attribué au sage, «Brahmane contemplant un mur».

S'il semblerait logique que sa mort se situe en Chine vers le milieu du VIe siècle, certains textes décrivent un personnage voyageant vers l'Inde avec une seule sandale... Le mystère de Bodhidharma reste donc aussi grand que l'héritage qu'on lui attribue.

L'enseignement spirituel de Bodhidharma

Le principal disciple de Bodhidharma était Huike (慧可 487-593), 2e patriarche du Bouddhisme Chan. Le maître confia à son élève les quatre volumes du Sutra de l’Entrée sur l’Île (Lankāvatārasūtra en sanskrit, Léngjiā ābāduōluó bǎojīng 楞伽阿跋多羅寶經 en chinois), en lui disant : «Quand je vois la terre de Chine, il n’y a que ce sutra qui puisse sauver les gens. C’est par lui que tu sauveras le monde». Il venait de choisir la méthode la plus appropriée selon lui, pour transmettre la parole de Bouddha dans le reste du monde.

L'enseignement reçu de Bodhidharma insiste sur la notion de dépassement de la dualité et des pensées illusoires pour atteindre l'état de conscience global. Une philosophie qui se rapproche du Yogācāra (yújiāxíng 瑜伽行) , une branche du bouddhisme Mahāyāna.

Chercher à développer sa perception pour atteindre la vacuité d'esprit, l'état de conscience pure est la condition indispensable pour comprendre le dharma, l'enseignement de Bouddha. Le but n'est autre que percevoir sa vraie nature en laissant de côté les illusions de la pensée.

Le bouddhisme inculqué par Bodhidharma est clairement contemplatif, et fait appel aux techniques de méditation. L'iconographie le présente souvent assis en tailleur face à un mur, et immobile dans le but de calmer son esprit (安心 ān xīn). Il pourrait s'agir tout simplement de la posture Zazen (坐禪 zuòchán en chinois), aussi pratiquée sur les genoux.

L'enseignement et l'oeuvre attribués à Bodhidharma ont eu une influence mondiale, puisque le Chan (ou Zen), est devenu une religion de première importance en Corée et au Japon. Dans le reste du monde, notamment en Occident, l'intérêt que suscite le bouddhisme zen et la méditation n'est plus à démontrer.

Néanmoins, après la mort de Bodhidharma, c'est un bouddhisme typiquement chinois qui est né de l'interpénétration entre le Chan indien (transmis par le maître) et le Taoïsme chinois. Selon les époques, ce dernier a plus ou moins été associé à l'enseignement bouddhiste afin de préserver ce qui est l'un des deux grands modes de pensée nés en Chine.

Damo et le Monastère de Shaolin

  Bodhidharma, l'homme à l'origine du mythe Shaolin, le pionnier du Bouddhisme chinois

Beaucoup de sources placent l'arrivée de Bodhidharma à Shaolin en 520, après son entrevue avec l'Empereur Wuxi. Bien qu'aucune preuve historique n'atteste de sa présence dans le célèbre monastère, la légende communément acceptée veut que Damo ait enseigné le Bouddhisme Chan ainsi que les arts martiaux aux moines.

Il serait donc le père du Shaolin Quan (le kungfu de Shaolin), et indiquerait ainsi qu'une large partie des arts martiaux traditionnels chinois prendraient leur vraie source en Inde, contrée d'origine du 1er patriarche chinois du Bouddhisme Chan. 

Pourquoi avoir enseigné les arts du combat aux moines alors que sa tâche consistait à transmettre le dharma ? Da Mo aurait en fait constaté que les moines étaient dans une condition physique très faible. Il leur enseigna alors des techniques d'entraînement physique et respiratoire, ainsi que 72 techniques de combat pour qu'ils puissent se défendre des bandits et des animaux sauvages. Les arts martiaux nés à Shaolin (ou issus de son héritage) sont aujourd'hui considérés comme d'influence bouddhiste, alors que la majeure partie des autres arts martiaux traditionnels chinois sont dits d'influence taoïste (Taiji Quan, Bagua Zhang...).

L'opposition faite entre ces deux types d'arts martiaux pousse certains observateurs à parler parfois d'arts externes (basés sur un gros travail physique) pour les disciplines rattachées à Shaolin, et d'arts internes (basés principalement sur le renforcement interne et énergétique du corps) pour les disciplines d'influence taoïste.

Beaucoup d'historiens doutent que Bodhidharma ait jamais été à Shaolin, mais ils ne peuvent nier que sa doctrine soit devenue l'un des piliers du temple Shaolin.

L'iconographie et Bodhidharma

Le personnage de Bodhidharma est célèbre dans nombreux pays d'Asie : la Chine, la Corée et le Japon bien sûr, mais aussi au Vietnam ou encore en Malaisie. Dans ce dernier territoire, on raconte que Bodhidharma y serait passé avant de propager le Chan en Chine.

Dans la plupart des cas, les représentations de Bodhidharma montrent un moine barbu avec de grands yeux et une allure ténébreuse. Quant aux statuettes sphériques japonaises représentant le sage, elle serait liée à la légende de ses 9 années de méditation, qui auraient atrophié ses jambes...

Une histoire lui attribue également le développement de la culture du thé en Chine : après 7 ans à méditer, il se serait endormi. Pour se prémunir du sommeil, il aurait alors coupé ses paupières, qui en tombant au sol auraient donné naissance à deux plants de thé.

Les paroles pleines de sagesse de Bodhidharma

Prajñātara offrit une pierre précieuse de grande valeur à son père Suganchas, roi de Kanchipuram (aujourd'hui devenue l'une des sept villes saintes d'Inde). Pour évaluer la compréhension de plusieurs enfants, il leur demanda leur opinion sur la pierre.

Logiquement, ils répondirent tous que la pierre était merveilleuse, à l'exception d'un, qui indiqua : «cette pierre n’a pas de grande valeur car finalement la seule chose qui ait de la valeur c’est l’esprit, c’est l’esprit qui est capable de comprendre la valeur de l’existence, la valeur des choses, la valeur des êtres, la pierre en elle-même ne vaut rien sans l’esprit, c’est l’esprit qui est important». L'enfant n'était autre que Bodhidharma. Sentant un potentiel de sagesse énorme, Prajñātara le prit comme disciple.

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